Pérégrination slovène [Rolleiflex 2.8 – Provia 100F]

Nous sommes partis avec Anaïs visiter un pays d’Europe souvent méconnu des français : la Slovénie. Ce petit pays entre Alpes et Adriatique a pourtant bien des qualités. Il est aussi développé qu’il y fait bon vivre, les slovènes sont accueillants et ont un anglais parfait. A l’arrivée dans la capitale, le sentiment de sécurité et de bien être est évident. La Slovénie recèle de milles et un trésors, elle est riche d’une histoire et d’une culture faite d’influences italiennes, vénitiennes, slaves et austro-hongroises et que l’on retrouve dans l’architecture, la gastronomie ou l’art de vivre. Ce voyage nous a absolument enchanté tant il nous a apporté.

Si cette pérégrination estivale n’était ni spécifiquement photographique, ni spécifiquement ferroviaire, difficile pour moi de chasser le naturel : il serait revenu au galop. A plusieurs reprises durant nos deux semaines, je suis allé quelques heures au bord des voies. J’étais déjà venu en Slovénie et notamment en janvier 2018 à l’occasion d’un grand road-trip européen. Ce voyage estival était l’occasion de redécouvrir certains secteurs, aujourd’hui familiers, avec une végétation épanouie et quelques degrés de plus.

L’ensemble de ces photos – sauf une – ont été prises à l’aide du Rolleiflex 2.8E que j’ai acquis il y a quelques mois et qui a démontré tout au long de ce voyage son excellent fonctionnement. Il complète sans jamais rougir l’Hasselblad qui a pris de vraies vacances avec moins de 20 déclenchements!… Allez, départ !

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Gare centrale de Ljubljana

Au petit matin, le soleil illumine les premiers candidats au voyage. Dans ce pays, l’astre du jour se lève une heure plus tôt qu’à Paris et en ce 25 juin, il fallait être matinal pour se retrouver à 5h00 sur le quai. Contrairement à chez nous, les troquets de gare sont encore largement répandus et celui de la gare de Ljubljana est ouvert, bien sûr !

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Le « Pohorje » R1605 est l’un des trains emblématiques du pays. Il relie Maribor, au pied des monts du Pohorje, à Koper, sur la côte adriatique et dessert Ljubljana vers 6 heures le matin. Ce jour là, le train drapeau affiche une belle composition typiquement estivale avec l’adjonction d’un fourgon en première position et de quelques voitures hongroises visibles en queue de train. Ces dernières sont parties de Budapest la veille au soir. On retrouve à la traction l’une des fameuses « Brižita » ou « Brigitte », encore toute pimpante malgré son bel âge. Les ferroviphiles reconnaissent immédiatement la ligne singulière de ces machines construites en France par Alsthom et qui sont des adaptations de nos 6500. Le surnom « Brigitte » est lié à Brigitte Bardot, célèbre à l’époque où ces machines ont été livrées. Le nez cassé et galbé des machines a rappelé aux cheminots slovènes la poitrine de l’actrice!… Vous pensez que c’est une blague ? Demandez à un agent ou à un passionné slovène ce qu’est une « Brižita », vous verrez qu’il saura vous répondre…

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Des autorails sont à quai en face du BV pour des dessertes de banlieue. La gare centrale de Ljubljana est le départ d’une petite étoile de lignes desservant les villes environnantes.

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L’EN 414 Zurich – Belgrade surnommé l’ « Alpine pearl » est à quai avec une Taurus OBB en tête. Le soleil dans l’axe permet de cacher les tags immenses montants jusqu’aux toits des voitures serbes en tête de compo… Dommage pour la perle mais quelle joie de voir qu’aujourd’hui eu Europe, il est encore possible de faire sans correspondance des trajets au long cours. Sur la voie contiguë, une machine de manœuvre cousine des 63000 françaises pousse une voiture qui sera en queue du train de jour quotidien pour Budapest. Dans un petit pays comme la Slovénie, un train longue distance est forcément international…

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Les voitures hongroises composant le train de jour 247 à destination de Budapest sont raccordées à la voiture slovène. L’agent est prêt à faire l’attelage. Le départ sera donné dans moins de 15 minutes.

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La ligne de Jesenice à Nova Gorica

Une doublette d’autorails 713 assurent le R4208 pour Jesenice. La « ligne des alpes juliennes » est composée de nombreux ouvrages d’art. Celui présenté ci-dessus est le viaduc de Grahovo situé à côté du village éponyme visible en fond. Les cloches de l’église sonnent 8h30.

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Le R4291 pour Nova Gorica franchit le viaduc de Most na Soci. Le 713 visible sur la photo est peint dans une livrée qui m’est inconnue. Celle-ci semble plus ancienne que la livrée rouge actuelle et doit dater de l’indépendance slovène. Ce ne serait pas un coup d’essai pour les SZ qui ont par exemple conservé une « Brigitte » dans son ancienne livrée yougoslave. Fait aussi agréable qu’étonnant, les autorails croisés ce matin là n’étaient pas tagués, un mal pourtant connu du matériel automoteur slovène depuis des décennies.

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Les trains remarquables de la ligne sont bien sûr les « Autovlak » (auto-trains) tractés par les célèbres « Reagan », ces machines construites pour la Yougoslavie sous licence américaine. Ces circulations permettent aux automobilistes de passer plus aisément le massif montagneux entre Bohinjska Bistrica et Most Na Soci. Les véhicules sont embarqués simplement sur des wagons plats dont les ridelles pivotantes permettent le chargement et le déchargement sur des quais surélevés. Les trains peuvent aussi être empruntés par les usagers classiques et les cyclistes ; ils sont invités à utiliser la voiture verte pomme mise à leur disposition. Le service est conséquent pour cet axe secondaire et offre quotidiennement trois rotations Bohinjska – Most Na Soci et deux rotations supplémentaires uniquement entre Bohinjska et Podbrdo. Le taux de remplissage du train parle de lui même : ce service a l’intérêt de nombreux usagers.

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Nous sommes justement à bord du R854 pour Bohinjska Bistrica. Le train marque l’arrêt en gare de Podbrdo et seule la queue est encore à quai et permet de chargement des dernières voitures. Le tunnel dont l’entée est visible en arrière plan permet de gagner Bohinjska Bistrica en moins de quinze minutes là où près de cinquante sont nécessaire par la route du col. Sur le train, l’amortissement des wagons ajouté à ceux des voitures font que le parcours relève plus du tour de manège que du voyage paisible, mais quelle expérience incroyable ! Sur la gauche, des rondins attendent leur chargement dans des wagons tombereaux. Les trains de bois sont les derniers frets de la ligne.

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Il me faudra laisser passer le R601 tagué des bogies aux toits et attendre le 4214 à destination de Jesenice pour ramener une photo satisfaisante de Bohinjska Bela et de son vieux pont. Un écrin aussi idyllique méritait mieux qu’un train pourri. A droite de l’autorail, on aperçoit un jardin potager. Les Slovènes ont gardé un lien fort à l’environnement et il est naturel pour eux de disposer d’un jardin potager cultivé avec attention.

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Le coin photo de Branik

Le coin photo de Branik avec son château fort et sa petite église est un classique de la photographie ferroviaire locale… De même que les tags verts d’eau sur fond rouge… Pas de rattrapage possible, ça ne marche pas à tous les coups, il faudra revenir !

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La ligne de Koper

La voie unique reliant Divaca à Koper est l’une des lignes les plus connues d’Europe. Et pour cause, avec sa rampe de 25/1000 parcourue quotidiennement par des dizaines de fret, elle offre un spectacle visuel et sonore exceptionnel. Cette ligne me « résiste » depuis plusieurs années entre pluies verglaçantes et « présomption de travaux » (sale histoire…) mais ce matin là, à Zanigrad, j’ai pu faire quelques bonnes photos. Malheureusement, un voile de chaleur épais s’est très vite levé et a pourri la lumière pour le passage du Pohorje. Je repars ainsi content d’avoir revu « la ligne de Koper » mais frustré de n’avoir toujours pas eu de « Brigitte » dans ce secteur mythique ! Ca fait des occasions de revenir ! Sur la photo, l’une des dix Vectron OBB livrées depuis moins d’un an se laisse filer vers l’adriatique. Elle est accompagnée d’une Taurus un peu défraichie qui lui donnera la pousse (ou formera l’UM ?) nécessaire à la remontée de la ligne dans l’autre sens quelques heures plus tard.

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Retour à Ljubljana

Une dernière pour la route : en gare de Ljubljana Rakovnik. Prise le jour de la fête nationale, il y a peu de monde à descendre au croisement des R3223 et R3284. Le 713 vert est pelliculé pour faire la promotion des alpes juliennes. Une femme seule, rentre probablement chez elle tandis que l’agent circulation sort de sa gare pour donner le départ à nos autorails… Il est temps de rentrer.

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Un petit mot sur nos trajets aller et retour : Au moment de programmer ce séjour, nous avions décidé de faire le trajet aller en train sur toute une journée à travers l’Allemagne et l’Autriche et le retour en avion. Un voyage à demi « éco-compatible » qui nous a néanmoins prouvé qu’il était possible d’atteindre l’Europe centrale sans grand effort et en peu de temps par un mode de transport soutenable pour un coût à peine supérieur à celui de l’avion. A l’avenir, il est fort probable que nous réutilisions le train pour nos voyages pan-européens et limitions l’avion aux quelques voyages transcontinentaux.

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J’espère que cette petite revue slovène vous aura plu et même donné envie de vous y rendre. Après les photos ferro, ce seront les photos de rue que vais partager. elles seront visible sur mon compte insta dédié : @greg_on_streets

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Bon été à tous ! 😉

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