[photo argentique] Pour en finir avec la question des pellicules et des rayons X aux aéroports

Bonjour à tous !

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Cette photo est prise avec une Provia 400 poussée à 1600 isos et passée 11 fois aux rayons X, voyez-vous quelque chose ?… moi non plus…

Nous sommes mi-juillet et nombre d’entre vous sont en vacance ou vont bientôt l’être. L’été est traditionnellement une période de congés d’assez longue durée pendant laquelle nous sommes nombreux à voyager ; et pour beaucoup d’entre nous, cela signifie un passage par la case « avion ».

Vous l’avez lu partout, les scanners à rayons X utilisés lors des contrôles de sécurité dans les aéroports sont susceptibles d’endommager vos films préférés à votre insu ! L’impact des rayons X n’est pas un mythe : des rouleaux foirés, on en a vu des brouettes. Mais malgré l’évolution des technologies de scanners d’une part et de films d’autre part, le sujet persiste. Les voiles sont devenus choses rares et pourtant les mêmes questions reviennent chaque été sur les groupes facebook ou forums internet. Cet article propose un résumé des quelques connaissances et expériences que j’ai pu accumuler sur le sujet afin de dégrossir et surtout de dédramatiser ! Car OUI, vous pouvez partir en vacances avec vos films moyennant quelques petites précautions.

J’ai pris le parti d’un article hyper didactique, je m’excuse d’avance auprès du CNRS et de tous les sites de recherches pour certains raccourcis… N’est traité ici que le cas des films courants (neg, inversible, couleur, NB, du commerce) dans des utilisations courantes (voyage simple, ou a correspondances). Si vous voulez voyager au fin fond de l’Afrique en 20 coups d’avion avec du film médical ou ciné périmé depuis 10 ans et si vous vous demandez si ça craint, je ne sais pas vous répondre ! Cet article n’est le fruit que de recherche et d’expérience personnel, je ne nie pas que certains ont pu avoir des films voilés. Internet est riche de l’expérience de chacun, n’hésitez pas à réagir ! 😉

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C’est parti !

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Le rayon X et le film :

 Le rayon X, par sa capacité à « voir » ce que l’œil ne voit pas, permet à l’agent de sécurité de l’aéroport d’observer le contenu de vos bagages et d’y déceler éventuellement un objet dangereux ou illégal. La production de rayons X fait appel à différents systèmes selon l’utilité finale : du petit scanner de musée à faible puissance aux gigantesques tunnels capables de « scanner » un camion entier.

Le rayon X est un rayon électromagnétique produisant une forme de lumière invisible pour l’œil (comme les UV). Une pellicule photographique non développée est en tout temps sensible à la lumière, à toute la lumière et pas seulement celle que vous voyez ! Si un rayon vient à frapper intensément notre support photosensible, il est susceptible de le voiler et que ce voile se voit. Ce n’est pas rattrapable, que ce soit en labo ou au tirage. Vous seriez alors bons pour mettre toute votre production à la poubelle ! Alors comment agit le rayon X ?

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Comment agit-il ?

Le rayon est émis par la machine et va tenter de traverser tout ce qu’il rencontre. S’il rencontre un objet dense, le rayon va mal le traverser et l’objet sera rendu sombre, voir noir. A l’inverse, s’il rencontre un objet moins dense, il n’aura aucune difficulté et l’objet sera clair voir blanc. C’est la raison pour laquelle sur l’écran du préposé à la sécurité, l’ensemble des objets métalliques sont généralement sombres ou noirs et vos pellicules ressortent blanches.
Quelque part, c’est bon signe : elles sont faites pour recevoir de la lumière, heureusement que celle ci passe sans encombre. Mais maintenant que ces dernières viennent de prendre une dose de radiation, quel en est l’impact ?

L’impact des rayons sur le film va dépendre de plusieurs facteurs :

  • la sensibilité du film : plus le film est sensible, plus une dose de rayons l’impactera (je n’ai pas dit que ça se verrait, je dis juste qu’il est plus impacté)
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  • la protection du film : si le film est emballé dans un sachet de plomb, les rayons seront stoppés par ce dernier et le film ne sera pas touché. On verra plus tard que l’utilisation de ce sachet peut malheureusement poser problème. Une rumeur circule selon laquelle les cartouches 135 protégeraient un peu mieux les films que les modestes sachets des films 120. Regardez passer votre sac aux rayons à l’aéroport, vous verrez que c’est bien difficile à prouver.
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  • s’il est vierge, exposé ou développé : S’il est développé, vous n’avez rien à faire ici car le film développé ne craint plus aucun rayon, retournez donc voir des trains dans la galerie. S’il est vierge, l’émulsion a alors une relative stabilité si bien que par un procédé dont je ne retrouve plus la source – pardon – , le film est un peu moins sensible aux rayons. Ce point est aussi vague qu’il est important : votre film sera plus sensible quand il aura été exposé que lorsqu’il est encore vierge. Enfin, si le film est exposé mais non développé, il contient une image latente, laquelle est instable et demande à être le moins possible soumise aux rayons. c’est surtout là que tout se joue !
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  • Du nombre de passage par le scanner : Comme votre malheur ne s’arrête pas là, les rayons X sont dits « cumulatifs ». Cela veut dire qu’à chaque passage dans un scanner, vous rajoutez une couche, comme lorsque vous réalisez une double ou triple exposition. Donc un film passé plusieurs fois aux rayons est autant de fois plus impacté qu’un autre film passé une seule fois.
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Impact tierce : une augmentation du grain : Un des liens visibles en fin d’article montre une infime augmentation du « brouillard » même après un faible nombre de passage au scanner. il indique toutefois que cette augmentation est observée au densitomètre sur un film non exposé et que cette augmentation est imperceptible sur un film exposé. (C’est pourquoi je ne traiterai pas plus loin cet aspect)

Maintenant que nous savons grossièrement pourquoi et comment les rayons X impactent nos films… on va souffler un coup !

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Dédramatisons…

Car malgré tout ce qui est dit plus haut, vous devez garder raison. Et ce ne sont pas les nombreux avis de grands voyageurs à qui il n’est rien arrivé qui vous le permettront mais la Direction Générale de l’Aviation Civile ! (rien que ça !)

Elle explique par le document visible dans les sources qu’elle a réalisé des tests en laboratoire avec un scanner d’un modèle courant en 2010 pour l’inspection des bagages cabine et qu’elle en tire les résultats suivants :

© DGAC

Comme vous pouvez le lire sur ce graphique, en 2010, ils n’ont pas vu de voile sur les films de 100iso même après 48 passages, qu’il fallait AU MOINS 36 passages pour des films de 400iso avant de voir une différence, 12 pour 800iso et 6 pour 1600iso !

Cela ne remet pas en question l’impact bien réel des rayons sur le films mais permet de relativiser : cet impact était déjà très faible il y a 10 ans !! Bien sûr, cette étude labo reste une étude labo, la réalité peut varier légèrement. Les machines évoluent constamment de façon à être toujours plus efficaces avec toujours moins de radiations et l’écrasante majorité des aéroports de la planète disposent aujourd’hui de matériels récents.

Il est donc impératif de souffler un bon coup : NON, vous n’avez pas « plus d’une chance sur deux » de voir un énorme voile sur vos films au moindre passage à un aéroport. Et ce n’est pas parce qu’UN photographe a eu ses films voilés dans les années 80 à Tombouctou que FORCEMENT, il vous arrivera la même chose ! Mais un danger reste un danger, c’est pourquoi je vous propose une liste de quelques éléments à prendre en compte pour éviter au mieux les ennuis.

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Comment limiter les risques ?

  • Les films dans le bagage cabine tu mettras : car les scanners de bagage cabines sont, quoi qu’il arrive, moins puissants que ceux des bagages en soute. Ça ne veut pas dire que si vous oubliez vos films dans votre valise en soute, tout est foutu ! Ça veut juste dire que vous avez raisonnablement l’assurance que les rayons émis par le scanner « cabine » seront moins intenses et que vos films n’en pâtiront pas.
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  • Une inspection manuelle des films, demander tu pourras : J’ai un problème personnel avec l’inspection manuelle : son côté « à la gueule du client ». Si vous avez une gentille tête de touriste et trois films, on vous la fera, si comme moi vous portez la barbe, même bien taillée, et que vous partez avec six boites de 120 et deux ou trois films à l’unité à côté, tout va finir aux rayons. Contrairement à d’autres expériences d’internautes, j’ai rarement eu la possibilité de faire une inspection manuelle si bien que je ne la demande plus. Néanmoins, il faut absolument considérer cette option pour un film de très haute sensibilité, exposé, qui se portera mieux de ne pas passer plein de fois au scanner.
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  • Les pellicules dans un bac à part, tu placeras : A l’aéroport, on vous demande en général de placer vos effets personnels dans des bacs : si vous voulez que vos films passent sans traîner, mettez les seuls dans un premier bac que vous lancerez quand le bagage précédant aura quitté le scanner de l’autre côté. Une image blanche n’attirera pas l’œil du préposé.
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  • Au sac de plomb, tu feras attention : « bah là je comprends plus rien, il devait pas nous aider le sac de plomb ? » Si si, il devait nous aider mais depuis quelques années les normes de sécurité évoluent et les agents doivent absolument voir tout ce qui leur passe sous le nez. S’ils observent à l’écran l’énorme masse noire que va générer votre sac de plomb, il y a trois possibilités : soit il va augmenter la dose jusqu’à voir au travers (et vous allez flipper) soit il va extraire le sac du bac, va papoter avec vous pendant 5 minutes avant de repasser les films dans la machine : vous n’aurez rien gagné à part du stress soit il ne va rien voir ou même ne pas s’inquiéter et tout se passera comme sur des roulettes. Dans la première version de cet article, j’avais incité à proscrire le sac de plomb mais plusieurs avis m’ont incité à revenir en arrière. Si je continue de penser que le sac de plomb est une possible source d’emmerde et de stress, je ne peux nier son efficacité. Si vous en avez, prenez les. La meilleure méthode est alors de ne rien dire et d’envoyer les films dans leur sac dans la machine en attendant que ça sorte. Dans ce cas, peut être vaut-il mieux noyer le sac au milieu d’autres équipements ? A vous de voir.
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  • Acheter les films sur place, tu envisageras…ou pas ? S’ils sont moins cher à votre destination qu’en France, ne vous privez pas ! J’avais acheté de la Provia 100F archi fraiche au Japon pour 30% de moins qu’en France. En achetant sur place des films frais, vous êtes sûrs qu’ils ne sont pas passés aux rayons et en plus, vous aurez eu le plaisir de passer par une petite boutique sympa sur place ! Mais ne prenez pas le risque de partir à vide dans un pays exotique où vos films préférés ne seraient pas en vente !
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  • A développer tes films sur place, tu ne joueras pas : faut pas déconner ! Si vous avez un super labo – ou tout votre matériel – en France et que vous en trouvez un dont vous ne savez rien à Bangkok ou à Pékin, franchement, ne jouez pas. Ramenez vos films, ça vous fera un ou deux passages au scanner et à moins d’en avoir poussé un à 6400iso qui soit déjà passé 10 fois, je ne vois pas l’intérêt de prendre le risque. Et je ne parle même pas des paranos qui ont déjà envisagé de partir en avion avec toute la chimie et les cuves pour développer direct sur place ! En revanche, bien sûr, si vous vous rendez à un endroit et avez 48h devant vous pour faire développer vos films dans un endroit dont vous savez l’excellente réputation, ce n’est plus une question de jeu… vous ne faites que prendre de l’avance sur votre programme du retour 😉
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  • Etre poli(e) avec la ou le préposé(e) tu resteras : parce qu’il peut vous refuser l’inspection manuelle, parce que c’est trop long au regard de la foule, parce que c’est juste « non » et parce que malgré tout, la tolérance et la cordialité aident encore en ce bas monde !

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Mais comment je sais si un film est voilé ?

Je me rappelle encore d’une conversation où un photographe demandait à d’autres de lui confirmer que ses photos étaient bien voilées après un aller-retour en Pologne. Pour moi, elles me semblaient soit mal développées, soit mal scannées et probablement un peu des deux. Si vous souhaitez savoir à quoi ressemble un film « qui a pris cher », voilà de quoi satisfaire votre curiosité :

© Kodak – difficile de passer à coté…
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Pour conclure :

J’espère qu’à la suite de cet article vous en savez un peu plus sur le sujet et que les divers documents en source continueront de vous aider à dédramatiser. Je pense qu’il est normal d’avoir une légère appréhension lorsqu’on part pour la première fois vers des destinations lointaines et « exotiques » avec ses films mais que les craintes sont généralement non fondées. La majorité d’entre nous ne part en voyage que pour quelques semaines avec un nombre limité de passages de sécurité.

D’expérience, j’ai fait passer 2 Delta3200 à travers 6 scanners sans dommages connus. Certaines provia 100F sont passées plus de 10 fois sans dommage, mon record en inversible est pour une Provia 400X poussée à 1600 et passée 12 fois aux rayons : rien non plus ! Un paquet de Tri-X 400 m’a accompagné aux USA, aux Japon, en est revenu – parce que faire du NB au Japon, c’est le mal ! – et est parti en Chine l’année suivante, deux de ces péloches ont du passer près de 18 fois aux rayons et je ne les ai pas trouvé détériorées…

Alors soit vous considérez que j’ai eu du bol et que je minimise une situation dramatique, soit vous pouvez fuir les recommandations « parachute-ceinture-bretelles » qui vous disent de ne pas dépasser les films de 200iso en voyage. Faites ce qu’il vous plait, ne vous privez pas des films hyper rapides, et prenez des photos. Le risque, lorsqu’il est compris et traité au mieux, est trop faible pour que vous vous limitiez dans votre plaisir sur la seule base de « probabilités » ou d’expériences trop anciennes.

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Bonne vacances ! 😉

V2 – article publié le 23/07/19 ; mis à jour le 27/08/19.

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Liens

culturesciences.chimie.ens.fr décrit avec précision le rayon X, c’est plus précis que ce que j’ai fait 😉

Une étude menée par Kodak sur l’impact des rayons X sur les films, âmes sensibles, abstenez vous !

Rappel simple – quoi qu’un peu restrictif à mon goût – des bonnes pratiques par le célèbre magasin et laboratoire « Nation photo » 🙂

L’étude des effets des rayons X des scanners à bagage cabine par la DGAC

Dans ta cuve est toujours de bon conseil !!

Le site de référence « Galerie-photo » propose ici un article global sur la conservation du film

Toujours un article de la DGAC, cette fois concernant la réaction des films cinéma

Un test terrain très détaillé expliquant l’impact des rayons sur les films. (Anglais)

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