SANDAOLING, LE CHANT DU CYGNE



Introduction :
 

La “fin de la vapeur” est un marronnier que les passionnés connaissent bien. Les pays occidentaux ne voient plus de locomotives à vapeur pour leurs trains de grande ligne depuis des décennies. il subsiste pourtant une poignée d’endroits sur la planète où celles-ci fument encore. C’est le cas des quelques machines évoluant sur le réseau de Sandaoling, un site minier de la province chinoise du Xinjiang. Réseau parmi tant d’autres il y a quelques années, il est aujourd’hui le plus gros exploitant de locomotive à vapeur à titre commercial du monde. Lors de mon premier voyage en Chine avec deux amis en 2010, nous avions mis de côté Sandaoling pour d’autres réseaux plus proches les uns des autres. Ce premier voyage semblait si fructueux qu’il ne m’avait pas paru utile de revenir en Chine. Mais après une petite décennie, la soif était revenue. Si le train devait être une drogue alors la vapeur serait la plus addictive. Il y a toujours un moment où, pour qui a eu le “malheur” d’y toucher une fois, les panaches et les coups d’échappements finissent par manquer. Nous sommes en 2019, les nouvelles concernant la mine et les conditions d’accès au Xinjiang ne sont pas rassurantes mais ça n’entame pas ma motivation... C’est décidé, je retourne en Chine... 

Sandaoling, le chant du cygne : 


On pourrait l’appeler “la dernière Mecque de la vapeur”. Cité industrielle au milieu du désert, Sandaoling est une ville quasi dénuée d’activité culturelle ou de jardin fleuri. La rue principale bordée de commerces n’a qu’une fonction : mener au trou. A quelques centaines de mètres de la dernière barre d’immeubles, les hommes ont creusé une mine à ciel ouvert de plusieurs kilomètres de long et quelques centaines de mètres de fond. Ils en extraient ce qui a permis l’incroyable expansion de la Chine : le charbon. Son transport est dévolu aux monstrueuses « JianShe » (qui signifie « construction »), abrégé JS. Ici, point de figuration, les réseaux touristiques européens sont loin et le matériel est exploité au maximum de ses capacités. Sans relâche, ces grandes dames des mines remontent du "pit" les tonnes de houille brute destinées à la centrale thermique de la ville et au reste de l’industrie nationale. Aux commandes, les célèbres “gueules noires”. La poussière et la suie ont buriné le visage de ces hommes marqués par les années de labeur. Il est réparti en roulements de 12 heures, qu’il fasse -30°C par une nuit d’hiver ou + 35°C par une journée d’été. Seuls les changements d’équipe qui interviennent à 8h et 20h sont l’occasion d’une pause, d’un thé et d’un repas chaud dans une gamelle restée près du foyer.

L’activité permanente dans laquelle baigne le réseau ne doit pas faire oublier que ce grand show n’est pas éternel. Le bourg de Nanquan que la voie ferrée traverse, autrefois plein de vie avec ses petits commerces et sa mosquée, est aujourd’hui complètement abandonné. C’est le visage qu’aura probablement toute la ville de Sandaoling quand la mine aura fermé et les habitants auront déménagé faute d’emploi. La Chine commence elle aussi à se soucier de l’environnement (à défaut du sort des Ouïgour dans la région) et Sandaoling n’échappera pas au programme national de fermeture des mines. Le matériel roulant sera alors vendu au prix de la ferraille ou laissé à l’abandon. Les dernières JS aujourd’hui en état de marche viendront bientôt garnir les « voies de la mort » sur lesquelles se trouvent déjà bon nombre de leurs sœurs. Ces machines ont participé à la « construction » d’un pays qui continuera son développement sans elles. Pendant une ou deux années encore les machines de Sandaoling vont libérer dans l’air l’épais panache blanc, symbole éternel de la « machine locomotive », qui fit rêver des générations de passionnés à travers le monde. Le chant du cygne de ce mode de « locomotion » unique en son genre a lieu maintenant au cœur de la Chine dans cet endroit incroyable, enfer pour les uns, paradis pour les autres, qui ne peut laisser indifférent. 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Remerciements :

Ce voyage n’aurait pas été le même sans l’aide de quelques personnes :

  • Roger Croston, pour m’avoir conseillé de prendre un guide.

  • Dave Habraken pour avoir longuement répondu à toutes mes interrogations lors de la préparation de ce grand voyage.

  • Liu Xejun, alias « Jun », guide formidable, excellent organisateur et très bon photographe sans qui ces quelques jours dans cet endroit reculé n’auraient pas pu être si beaux ! 谢谢

S’informer sur Sandaoling :

Le site internet « International steam » est riche d’un très grand nombre d’informations : international steam

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